Christine RAFFY REINOSO
Christine Raffy Reinoso est la reine d'un genre nouveau que l'on a baptisé "absurdine". Ses nouvelles absurdes ( mais pas tant que ça!) sont un mélange d'humour, de poésie et de philosophie de la vie. Elle a publié 2 recueils de nouvelles "Le temps d'un Passage" et "Le temps d'un repassage" aux éditions des petits papiers. "De l'autre côté du Passage " est son troisième ouvrage.

 

Stéphane PUCHEU

Stéphane Pucheu est professionnel depuis 2009.

 

La nouvelle est son genre de prédilection, comme en attestent les quelque 900 narrations écrites à ce jour.

Parallèlement, il se fait volontiers critique et essayiste, tout aussi passionné par la théorie littéraire que l'oeuvre de certains auteurs.

Cet auteur est novateur puisqu'il érige depuis bientôt vingt ans  le concept de littérature abstraite, sa seconde invention étant le portrait narratif.

En 2011, il obtient le « Prix du Chasseur de nouvelles » décerné par le Chasseur Abstrait. Cette maison d'édition, co-dirigée par Patrick Cintas et Valérie Constantin lui permettra de créer un catalogue dont la continuité voit le jour avec les éditions Non31.

La RAL'M – revue d'art, de littérature et de musique – est le support qui lui autorise, depuis de nombreuses années, d'offrir au lecteur un texte inédit chaque semaine et de développer une œuvre aussi dense que panoramique.

Aux yeux de cet auteur, le Nouveau roman et notamment l'oeuvre d'Alain Robbe-Grillet sont les derniers marqueurs importants de la littérature française.

Stéphane Pucheu est l'exact contraire de Michel Houellebecq : sa littérature n'est pas le récit d'une aventure mais l'aventure du récit. Plus précisément de la fiction.

L'on peut suivre l'actualité de cet auteur par le biais de la RAL'M et des éditions Non 31

 

                                            stephane-pucheu.ral-m.com/ editions-non31.fr

 

                                                                                                   TROPHEES    

Nouvelle de Stéphane Pucheu                                                                                  


    La  dénomination fait à nouveau preuve d'assurance.

      De stabilité. De crédibilité.

      Son inscription dans la narration annonce déjà la texture de son flux. Un flux traversé par la fluidité de nombre de possibilités, d'hypothèses, de force intentions narratives dont les formes sont toujours à élaborer, à déterminer.

      Sans doute le Narrateur est-il plus présent que jamais, à moins qu'il n'opère un retour particulièrement remarqué, dans un jeu de dédoublement qui autorise une aisance et une faculté de mouvement bien plus importantes que d'habitude.

      La narration est fluide, liquide, la narration tend vers une certaine transparence. A l'instar, peut-être, du Narrateur lui-même.

        L'espace, maintenant, devient matériel, oui, sa nature et sa géométrie se font de plus en plus précises, délivrant des courbes et des angles, des couloirs, des superficies visiblement domestiques.

      Mon squelette, ma stature se meut souplement dans les intervalles, son pas comme métrique absorbant sans discontinuité les mètres, les décamètres qui ouvrent sur des superficies de plus en plus nombreuses, la métonymie imposant un prisme criblé de doutes au travers des locutions salle à vivre, salle d'étude, salle de détente... salle à manger... des salles en quelque sorte toutes interchangeables. Pendant ce temps j'avance, je continue de progresser dans ce silence cossu, simplement rompu, à intervalles réguliers, par le doux impact de mes semelles sur le sol, un impact mat, un impact bref, un impact itératif.

      De nouvelles courbes m'attendent, maintenant, c'est du moins ce qu'il me semble à en juger la position statique et relâchée de cette enveloppe féminine allongée sur le côté, là, sur un long mobilier incurvé qui jouxte l'une des parois de cette nouvelle pièce où ma stature vient d'entrer.

      De pénétrer.

      Théoriquement, le schéma narratif du dialogue doit s'imposer, à ce moment précis de la narration, y compris lorsque celle-ci s'inscrit dans la recherche ou l'aventure du récit. Dans la littérature moderne, en somme. Pourtant, c'est le silence qui domine en premier lieu, un silence qui semble conjointement familier et étranger à la narration.

      Oui, étranger.

      N'aurais-je pas déjà écrit, vécu tout cela ?

      Pendant la suspension du temps en quelque sorte, pendant cet intervalle temporel sans doute affranchi de toute tentative de recouvrement narratif, la jolie dame - quels autres termes utiliser pour qualifier cette créature d’un certain âge dont la décontraction semble épaissir la narration  ? - entre dans mon champ oculaire, nos regards se pénètrent, se traversent, captant des éléments plutôt que d’autres, ma haute stature signifiant probablement, dans sa statique prolongée, l’approbation de cette destination qui n’en est pas une, de cette fin de parcours porteuse peut-être d’un sens nouveau qui se confond hypothétiquement avec ce que l’on appelle le destin.

      Le résultat des recherches narratives, le résultat des recherches formelles, aussi sophistiqué soit-il, n’est-il pas, au bout du compte, le miroir du destin  ? Tout projet ambitieux, tout cursus singulier n’est-il pas programmé par le destin ?

      N’est-il pas son jouet  ?           

      Cette femme, cette dame qui a consacré une grande partie de sa vie au commerce du charme n’a-t-elle pas accompli son destin  ? Pourquoi, alors, le sien rejoindrait-il le miien ?